
Je suis à la maison. Chez moi. Entre les murs. Le téléphone sonne. Deux sonneries. Derrière quelqu'un attend. Je pourrais ne pas répondre. Je décroche.
"Allo?
-Bonjour Sécurité Sociale, Assurance Maladie, je cherche à joindre Dimitri Laurent.
-Oui c'est moi ( Ce qui m'oblige à vous dévoiler ma véritable identité, "Vazemsky" étant un pseudonyme, et ma véritable identité un secret de Polichinelle)
-J'effectue une vérification sur une homonymie probable, je cherche un Dimitri Laurent né en 83...
-Ah non, je suis de 70! (Ce qui m'oblige à vous révéler ma date de naissance bien que paraissant beaucoup plus jeune...)"
Etrange coup de fil, arrivant au moment ou je travaillais sur un texte pour l'expo sur les frontières du corps, et par quels moyens s'en sortir...et voilà que j'apprends qu'il existe deux dimitris laurents! Une même appellation pour deux réalités différentes.
je retombais sur le même cas de figure qu'il y a quatre jours, au sujet de "Naturalisation": un même mot pour deux sens éloignés...
Etrange d'apprendre l'existence d'un homonyme, et très vite mon esprit va puiser dans sa mémoire pour ressortir "William Wilson". Une nouvelle d'Edgar Allan Poe. Un thême fantastique courant: celui du double. William Wilson tombe sur un autre William Wilson, né le même jour, au même endroit et qui peu à peu prend sa place. Ils doivent l'avoir à la médiathéque du Rize...
Pour moi cette histoire de "double" est liée à l'exil, dans le sens où, à un moment, un choix est fait et la direction prise n'est pas obligatoirement celle qui semblait s'imposer, ou couler de source... L'homme est sur une route, il arrive à un croisement...
"I went to the crossroad Fell down on my knees
I went to the crossroad Fell down on my knees
Asked the Lord above "Have mercy now, Save poor Bob, if you please"
Robert Johnston (blues man)
Et là, une décision s'impose ( "Too many roads, to many trains to ride" buddy guy, autre blues man).
Suivre quel chemin? ("Non les bourgeois n'aiment pas que l'on suivre une autre route qu'eux..." Georges Brassens, blues man itou)
Une route est prise mais d'autres étaient possibles. J'ai choisi l'exil, mais j'aurais pu rester.
Rester avec ma communauté. Mon pays. Je suis parti.
En tête, toujours, restera cette idée.
Que j'aurais pu rester.
Rester simple.
Poussant à l'endroit où l'on m'avait planté.
L'homme n'est pas un arbre.
J'en reviens à Poe, la petite image là-haut, celle avec le corbeau. Un très beau poéme d'Edgar.
Le type écrit dans sa chambre aux volets fermés, il entend quelqu'un frapper aux carreaux, se dit c'est le vent, rien de plus, on frappe une deuxième fois, il ouvre et un corbeau immense entre dans sa chambre en criant "Nevermore" ("Jamais plus!").
C'est un poéme qui m'accompagne depuis un certain temps, rencontré un jour et il me suit depuis, j'ai grandi avec... avec ce "Nevermore" des corbeaux croassants mumurant intimement que le passé, jamais plus, ne sera, et que chaque instant passant m'exile de celui qui vient de passer, révolu. N'en gardant qu'une image, un sentiment...
"j'écris pour passer le temps
qui, sans moi, passe aussi bien."
J'ai écrit ça il y a plus de dix ans.
Mais est-ce réellement moi ?
Moi encore?
Moi maintenant ?
Ne suis-je pas un autre?
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