lundi 13 octobre 2008

lundi 13 octobre


J'ai du m'exiler rapidement de Villeurbanne. Exposition terminée. Revenir à Wazemmes. Délocalisé par mon propre travail.
Je reçois pas mal de liens vers d'autres lieux où l'on parle d'exils. Celui là me fut envoyé par Daphné Bitchatch, rencontrée à Paris autour d'une caisse pleine de livres édités par nuitmyrtide éditions (voir nuitmyrtide.blogspot.com), livres qu'elle collecte pour une bibliothèque du Mali, à Ségou. Dans un des livres, "Chais", un texte de Joel Bastard écrit sur les bords du fleuve Niger... via le livre, le texte retourne là-bas...

Et voilà un texte écrit pour la biennale de Dakar en 2006, qui lui aussi a suivi son bout de chemin, d'espace et de temps, pour arriver ici et trouver un écho:

"Donner forme à une œuvre est une façon de sortir de soi sans quitter son propre corps.
Sortir de soi ce qui doit être révélé et l’agencer ailleurs, sur une page de livre ou dans un document sur le web ; sortir de soi une expression, une idée, et leur donner vie dans un autre territoire, celui de la rencontre entre l’écriture (l’auteur) et la lecture (le public) ; c’est à dire un territoire transitoire d’une vision et d’une proposition en devenir.
Cet espace est celui des malentendus car l’auteur et le public n’ont pas les mêmes références.
Une exposition est en mesure d’être l’interstice qui révèle les sous-entendus d’une œuvre.
Dans cet espace tout le monde est en voyage, l’auteur exprime ce qu’il veut (ou ce qu’il doit) partager avec le public, le lecteur interprète et emporte la pensée dans un autre monde, avec d’autres références.
L’espace de l’exposition, zone de transit, est ce territoire amplifié par l’apparition des œuvres interprétées dans la perspective de possibles rencontres.
La vie de l’œuvre est dans cette tension, fondamentalement incontournable, que génère notre époque."

Abdellah Karroum*: Aspects frontaliers et revendications diverses/ publié dans le catalogue de la Biennale de Dakar 2006
http://appartement22.com/spip.php?article72

La même année j'écrivais "Les différents moyens de sortie du corps" publié cette année dans CEPS, le recueil d'un festival de poésie, Poésie dans les Chais, en Jurançon.

Il est étrange de constater comment des liens se tissent, des réseaux se créent. J'ai en moi une multitude d'espaces intérieurs où les kilomètres physiques n'ont pas de valeurs. A travers moi, Wazemmes est proche de Pau, Villeurbanne, Lisbonne, Galway, Montréal, Darjeeling, Nemrut au kurdistan turque, Ségou au Mali, Saint-Louis du Sénégal dans peu, et Rabat aussi sans doute...

lundi 6 octobre 2008

mardi 7 octobre


Il est passé minuit. Exil d'un jour consommé.
Je refais mes bagages. Train à 6h demain matin.
Retour à Villeurbanne. Point rapide sur les exils:

Exil
par rapport à sa propre histoire
Exil
par rapport à ses proches
Exil
par rapport à une culture
Exil
par rapport à un lieu

Y'a-t-il d'autres exils?

Lundi 6 octobre.


Je suis à la maison. Chez moi. Entre les murs. Le téléphone sonne. Deux sonneries. Derrière quelqu'un attend. Je pourrais ne pas répondre. Je décroche.
"Allo?
-Bonjour Sécurité Sociale, Assurance Maladie, je cherche à joindre Dimitri Laurent.
-Oui c'est moi ( Ce qui m'oblige à vous dévoiler ma véritable identité, "Vazemsky" étant un pseudonyme, et ma véritable identité un secret de Polichinelle)
-J'effectue une vérification sur une homonymie probable, je cherche un Dimitri Laurent né en 83...
-Ah non, je suis de 70! (Ce qui m'oblige à vous révéler ma date de naissance bien que paraissant beaucoup plus jeune...)"

Etrange coup de fil, arrivant au moment ou je travaillais sur un texte pour l'expo sur les frontières du corps, et par quels moyens s'en sortir...et voilà que j'apprends qu'il existe deux dimitris laurents! Une même appellation pour deux réalités différentes.
je retombais sur le même cas de figure qu'il y a quatre jours, au sujet de "Naturalisation": un même mot pour deux sens éloignés...

Etrange d'apprendre l'existence d'un homonyme, et très vite mon esprit va puiser dans sa mémoire pour ressortir "William Wilson". Une nouvelle d'Edgar Allan Poe. Un thême fantastique courant: celui du double. William Wilson tombe sur un autre William Wilson, né le même jour, au même endroit et qui peu à peu prend sa place. Ils doivent l'avoir à la médiathéque du Rize...

Pour moi cette histoire de "double" est liée à l'exil, dans le sens où, à un moment, un choix est fait et la direction prise n'est pas obligatoirement celle qui semblait s'imposer, ou couler de source... L'homme est sur une route, il arrive à un croisement...

"I went to the crossroad Fell down on my knees
I went to the crossroad Fell down on my knees
Asked the Lord above "Have mercy now, Save poor Bob, if you please"
Robert Johnston (blues man)

Et là, une décision s'impose ( "Too many roads, to many trains to ride" buddy guy, autre blues man).
Suivre quel chemin? ("Non les bourgeois n'aiment pas que l'on suivre une autre route qu'eux..." Georges Brassens, blues man itou)
Une route est prise mais d'autres étaient possibles. J'ai choisi l'exil, mais j'aurais pu rester.
Rester avec ma communauté. Mon pays. Je suis parti.
En tête, toujours, restera cette idée.
Que j'aurais pu rester.

Rester simple.
Poussant à l'endroit où l'on m'avait planté.

L'homme n'est pas un arbre.

J'en reviens à Poe, la petite image là-haut, celle avec le corbeau. Un très beau poéme d'Edgar.
Le type écrit dans sa chambre aux volets fermés, il entend quelqu'un frapper aux carreaux, se dit c'est le vent, rien de plus, on frappe une deuxième fois, il ouvre et un corbeau immense entre dans sa chambre en criant "Nevermore" ("Jamais plus!").
C'est un poéme qui m'accompagne depuis un certain temps, rencontré un jour et il me suit depuis, j'ai grandi avec... avec ce "Nevermore" des corbeaux croassants mumurant intimement que le passé, jamais plus, ne sera, et que chaque instant passant m'exile de celui qui vient de passer, révolu. N'en gardant qu'une image, un sentiment...

"j'écris pour passer le temps
qui, sans moi, passe aussi bien."

J'ai écrit ça il y a plus de dix ans.
Mais est-ce réellement moi ?
Moi encore?
Moi maintenant ?
Ne suis-je pas un autre?

Dimanche 5 Octobre


Il était tard, j'ai regardé "Persépolis". Touchant.
Des souvenirs sont remontés. 1999. Makou. Tabriz. Téhéran et la fresque vue dans le film : une statue de la liberté à tête de mort. Le musée des martyrs, seul musée ouvert à Téhéran. Et les montagnes dans le fond, enneigées. A un feu rouge, une femme voilée conduisait une Diane, décapotée.

Samedi 4 Octobre

Matinée calme. Personne dans Le Rize. J'avance rapidement. L'isoloir est arrivé. Les structures se montent. Les ateliers libres de l'après-midi clôtureront la journée. Des jeunes des ateliers d'hier sont revenus. Agréable de voir que le courant passe. Un des enfants a amené ses parents. Ils découvrent la médiathèque. Dans l'atelier on parle de la Tunisie, l'Algérie, les plus jeunes dessinent leur maison et à côté, en lettres pleines et déliées, inscrivent les choses qui viendrait à leur manquer s'ils devaient déménager...

samedi 4 octobre 2008

Vendredi 3 octobre

On continue les ateliers. Chacun apprend à se fabriquer un carnet et se frotte à la reliure japonaise avec une cordelette recyclée qui sent un peu la campagne... et puis lié à l'exil, on joue avec les mots valises...



Y'a une chose avec l'exil qui me tarabuste c'est aussi l'exil temporel, suis-je encore le même qu'il y a dix ans? Le type d'avant (d'avant quoi d'abord...) était-ce un ex-il, ou alors un ex-je?

vendredi 3 octobre


Sédimentation des idées (état 3).

J'ai trouvé un bout de poésie, me parlant plus que certains textes théoriques sur l'exil, comme porteur d'une chose forte, surtout cette notion d'"escale en escale"... Ne plus être rattaché à un sol, à un lieu, ne plus être un homme de la terre, ancré, la seule chose portant étant désormais, le courant, la dérive, d'une rivière qui, un jour, mènera à l'océan...

"C'était un homme en déroute
C'était un frère sans doute.
Il n'avait ni liens ni place,
Et sur les routes de l'exil
Sur les sentiers, sur les places
Il me parlait de sa ville.

Yo soy un hombre sincero
De donde crece la palma
Y antes di morir me quiero
Echar mis versos del alma

Mi verso es de un claro verde
Y de un carmin incendido
Mi verso es un ciervo herido
Que busca en el monte amparo

por los pobres de la tierra
Quiero yo mi suerte echar
Y el arroyo de la sierra
Me complace mas que el mar

Il me reste toute la terre
Mais je n'en demandais pas autant
Quand j'ai passé la frontière
Il n'y avait plus rien devant,
J'allais d'escale en escale
Loin de ma terre natale."

Qui connaît ce poème?

jeudi 2 octobre 2008

Jeudi 2 octobre

La sauce commence à prendre. Les idées se précisent, certaines se perdent, d'autres émergent.
Je suis dans le lieu. Poreux. Le lieu s'immisce, je m'y pose. Passe par la médiathèque, je picore dans le Gros Robert. Quelques définitions. "Exil".
Je commence à écrire un texte, l'idée d'un livre est de plus en plus présente. Le récit d'un "être là". D'une installation.
Le Rize, Moi & le thême:
"Exils et créations".

En arrière plan l'idée des mots-valises, et cette trouvaille dans le Robert, qui moi me trouble, sous un même mot "naturalisation", deux sens cohabitent et s'entremêlent:
"NATURALISATION n.f. -1566
I. « Concession par acte souverain du chef de l’Etat de la nationalité d’un pays donné à une personne (…) » (Code de la Nationalité, art.59)
II. (1907) Opération par laquelle on conserve un animal mort, une plante coupée en lui donnant l’apparence de la nature vivante."

Comme si cette idée d'exil, d'une différence ressentie, portée, en soi, et ne pouvant se perdre par l'assimilation au sein même d'un groupe, était une force.
La base même de toute création. D'un individu portant en lui une chose que les autres n'ont pas, une histoire qui n'est pas celle du groupe, des paysages entassés qui ne sont plus là, là sous ses yeux. L'exil implique la perte.
Et la perte s'ouvre sur deux options: la reconstruction du perdu, ici, ou son dépassement...l'exil n'est plus une question de lieu, ni de groupe, mais d'une histoire individuelle, d'un individu n'appartenant plus à aucun groupe. Seul.

J'essaierai de creuser cette piste demain.

Quelqu'un sait ce que veut dire "acculturation"?

mercredi 1er octobre

Je me refuse à arriver les bras chargés de trucs tout faits, et installer. Alors je fais le tour de la maison, du propriétaire, il y a toujours un jour ou deux de flottement, de vague, et doucement les choses se sédimentent, comme un lien, un terreau qui doucement se tasse et sur lequel on va pouvoir se poser. Et construire.



Aujourd'hui, les ateliers étaient "ouverts". Deux personnes se sont présentées. Deux rencontres. A parler de l'écriture, de la nécessité de s'y mettre. De se lancer. De lancer la machine. A écrire.