
J'ai du m'exiler rapidement de Villeurbanne. Exposition terminée. Revenir à Wazemmes. Délocalisé par mon propre travail.
Je reçois pas mal de liens vers d'autres lieux où l'on parle d'exils. Celui là me fut envoyé par Daphné Bitchatch, rencontrée à Paris autour d'une caisse pleine de livres édités par nuitmyrtide éditions (voir nuitmyrtide.blogspot.com), livres qu'elle collecte pour une bibliothèque du Mali, à Ségou. Dans un des livres, "Chais", un texte de Joel Bastard écrit sur les bords du fleuve Niger... via le livre, le texte retourne là-bas...
Et voilà un texte écrit pour la biennale de Dakar en 2006, qui lui aussi a suivi son bout de chemin, d'espace et de temps, pour arriver ici et trouver un écho:
"Donner forme à une œuvre est une façon de sortir de soi sans quitter son propre corps.
Sortir de soi ce qui doit être révélé et l’agencer ailleurs, sur une page de livre ou dans un document sur le web ; sortir de soi une expression, une idée, et leur donner vie dans un autre territoire, celui de la rencontre entre l’écriture (l’auteur) et la lecture (le public) ; c’est à dire un territoire transitoire d’une vision et d’une proposition en devenir.
Cet espace est celui des malentendus car l’auteur et le public n’ont pas les mêmes références.
Une exposition est en mesure d’être l’interstice qui révèle les sous-entendus d’une œuvre.
Dans cet espace tout le monde est en voyage, l’auteur exprime ce qu’il veut (ou ce qu’il doit) partager avec le public, le lecteur interprète et emporte la pensée dans un autre monde, avec d’autres références.
L’espace de l’exposition, zone de transit, est ce territoire amplifié par l’apparition des œuvres interprétées dans la perspective de possibles rencontres.
La vie de l’œuvre est dans cette tension, fondamentalement incontournable, que génère notre époque."
Abdellah Karroum*: Aspects frontaliers et revendications diverses/ publié dans le catalogue de la Biennale de Dakar 2006
http://appartement22.com/spip.php?article72
La même année j'écrivais "Les différents moyens de sortie du corps" publié cette année dans CEPS, le recueil d'un festival de poésie, Poésie dans les Chais, en Jurançon.
Il est étrange de constater comment des liens se tissent, des réseaux se créent. J'ai en moi une multitude d'espaces intérieurs où les kilomètres physiques n'ont pas de valeurs. A travers moi, Wazemmes est proche de Pau, Villeurbanne, Lisbonne, Galway, Montréal, Darjeeling, Nemrut au kurdistan turque, Ségou au Mali, Saint-Louis du Sénégal dans peu, et Rabat aussi sans doute...





