jeudi 27 novembre 2008

mauritania






Il est tard, sur le départ. Demain je survolerai la Mauritanie, et dormirai dans le désert de dunes de Lompoul si tout va bien...

lundi 17 novembre 2008

Lundi 17 novembre


J'ai récupéré un carnet, relié il y quelques semaines, contenant l'intégralité des brouillons préparatoires à l'exposition du Rize à Villeurbanne. Dans ce carnet, une couverture de la Voix du Nord datée de septembre où l'on voit, côte à côte, un point sur Sangatte, sur le sort des réfugiés depuis la fermeture du centre, et, juste à côté, la traversée réussie de "Fusion Man" qui venait de "mettre l'Angleterre à portée d'aile".
Les deux cohabitent, l'un sabre le champagne devant son aile volante bardée de sponsors, les autres se demande si ce jour-là sera le bon, celui du passage, de la traversée de cette vingtaine de kilomètres. L'un avait les hélicoptères avec lui, en assistance, les autres les redoutent, projecteurs braqués.

Du côté de Londres on prépare un charter pour l'Afghanistan. Le charter s'arrêtera en France, à Lesquin, pour prendre d'autres voyageurs rentrant au pays. Forcés. On appelle ça de la collaboration européene, un peu pour l'exemple, faut bien justifier sa place à la présidence de l'Europe. Une rafle le 6 novembre dans les environs de calais. Le vendredi 7, les forces de l'ordre avec les chiens et les hélicoptères, s'attardent dans les bois, ils ne cherchent pas des violettes. Je crois que la saison de la chasse est ouverte depuis peu. Des oies passent en "v" au dessus des arbres, direction sud. Espèce protégée. Dans le centre de rétention de Coquelles, des hommes font la grève de la faim. D'autres hommes les forcent à manger, sous la menace. Ils mangent. Puis se font vomir, pour reprendre leur grève de la faim là où ils l'avaient arrêtée. Inaliénable droit. Un d'entre eux aurait tenté de se suicider. Mais, à ce que certains disent, il est iranien. Finalement le gouvernement invoquera, en premier lieu, une difficulté juridique tenant au plan de vol. Le charter ne les emportera pas. Pourtant quelqu'un me dit qu'on ne leur fera pas oublier ce qu'ils ont vécu ?
Pendant ce temps des camions s'embarquent dans la cale d'un ferry afin de passer leur économiques marchandises vers l'angleterre. Libre circulation. Libérale. Un rat grimpe sur le pont du bateau, une envie de cheddar frais lui trottait en tête. Rien n'y personne ne l'arrêtera. Pour les rats il n'y a pas de quotas.
Le quota est pourtant ce qui lui donnerait sa valeur.
Aux yeux de certains...
Un objectif.
Une validation de leur fonction.
Un préfet possède un logement de fonction payé par le contribuable. Toutes les courses effectuées par madame sont faites aux frais du contribuable également. Le préfet à un chauffeur qui peut, s'il en a, aller chercher ses enfants à l'école. Le préfet quand il prend ses fonctions peut changer toute la décoration de son logement de fonction, et toutes les oeuvres d'art aux murs.
Mais heureusement le préfet est, des fois, aussi, un homme.

lundi 13 octobre 2008

lundi 13 octobre


J'ai du m'exiler rapidement de Villeurbanne. Exposition terminée. Revenir à Wazemmes. Délocalisé par mon propre travail.
Je reçois pas mal de liens vers d'autres lieux où l'on parle d'exils. Celui là me fut envoyé par Daphné Bitchatch, rencontrée à Paris autour d'une caisse pleine de livres édités par nuitmyrtide éditions (voir nuitmyrtide.blogspot.com), livres qu'elle collecte pour une bibliothèque du Mali, à Ségou. Dans un des livres, "Chais", un texte de Joel Bastard écrit sur les bords du fleuve Niger... via le livre, le texte retourne là-bas...

Et voilà un texte écrit pour la biennale de Dakar en 2006, qui lui aussi a suivi son bout de chemin, d'espace et de temps, pour arriver ici et trouver un écho:

"Donner forme à une œuvre est une façon de sortir de soi sans quitter son propre corps.
Sortir de soi ce qui doit être révélé et l’agencer ailleurs, sur une page de livre ou dans un document sur le web ; sortir de soi une expression, une idée, et leur donner vie dans un autre territoire, celui de la rencontre entre l’écriture (l’auteur) et la lecture (le public) ; c’est à dire un territoire transitoire d’une vision et d’une proposition en devenir.
Cet espace est celui des malentendus car l’auteur et le public n’ont pas les mêmes références.
Une exposition est en mesure d’être l’interstice qui révèle les sous-entendus d’une œuvre.
Dans cet espace tout le monde est en voyage, l’auteur exprime ce qu’il veut (ou ce qu’il doit) partager avec le public, le lecteur interprète et emporte la pensée dans un autre monde, avec d’autres références.
L’espace de l’exposition, zone de transit, est ce territoire amplifié par l’apparition des œuvres interprétées dans la perspective de possibles rencontres.
La vie de l’œuvre est dans cette tension, fondamentalement incontournable, que génère notre époque."

Abdellah Karroum*: Aspects frontaliers et revendications diverses/ publié dans le catalogue de la Biennale de Dakar 2006
http://appartement22.com/spip.php?article72

La même année j'écrivais "Les différents moyens de sortie du corps" publié cette année dans CEPS, le recueil d'un festival de poésie, Poésie dans les Chais, en Jurançon.

Il est étrange de constater comment des liens se tissent, des réseaux se créent. J'ai en moi une multitude d'espaces intérieurs où les kilomètres physiques n'ont pas de valeurs. A travers moi, Wazemmes est proche de Pau, Villeurbanne, Lisbonne, Galway, Montréal, Darjeeling, Nemrut au kurdistan turque, Ségou au Mali, Saint-Louis du Sénégal dans peu, et Rabat aussi sans doute...

lundi 6 octobre 2008

mardi 7 octobre


Il est passé minuit. Exil d'un jour consommé.
Je refais mes bagages. Train à 6h demain matin.
Retour à Villeurbanne. Point rapide sur les exils:

Exil
par rapport à sa propre histoire
Exil
par rapport à ses proches
Exil
par rapport à une culture
Exil
par rapport à un lieu

Y'a-t-il d'autres exils?

Lundi 6 octobre.


Je suis à la maison. Chez moi. Entre les murs. Le téléphone sonne. Deux sonneries. Derrière quelqu'un attend. Je pourrais ne pas répondre. Je décroche.
"Allo?
-Bonjour Sécurité Sociale, Assurance Maladie, je cherche à joindre Dimitri Laurent.
-Oui c'est moi ( Ce qui m'oblige à vous dévoiler ma véritable identité, "Vazemsky" étant un pseudonyme, et ma véritable identité un secret de Polichinelle)
-J'effectue une vérification sur une homonymie probable, je cherche un Dimitri Laurent né en 83...
-Ah non, je suis de 70! (Ce qui m'oblige à vous révéler ma date de naissance bien que paraissant beaucoup plus jeune...)"

Etrange coup de fil, arrivant au moment ou je travaillais sur un texte pour l'expo sur les frontières du corps, et par quels moyens s'en sortir...et voilà que j'apprends qu'il existe deux dimitris laurents! Une même appellation pour deux réalités différentes.
je retombais sur le même cas de figure qu'il y a quatre jours, au sujet de "Naturalisation": un même mot pour deux sens éloignés...

Etrange d'apprendre l'existence d'un homonyme, et très vite mon esprit va puiser dans sa mémoire pour ressortir "William Wilson". Une nouvelle d'Edgar Allan Poe. Un thême fantastique courant: celui du double. William Wilson tombe sur un autre William Wilson, né le même jour, au même endroit et qui peu à peu prend sa place. Ils doivent l'avoir à la médiathéque du Rize...

Pour moi cette histoire de "double" est liée à l'exil, dans le sens où, à un moment, un choix est fait et la direction prise n'est pas obligatoirement celle qui semblait s'imposer, ou couler de source... L'homme est sur une route, il arrive à un croisement...

"I went to the crossroad Fell down on my knees
I went to the crossroad Fell down on my knees
Asked the Lord above "Have mercy now, Save poor Bob, if you please"
Robert Johnston (blues man)

Et là, une décision s'impose ( "Too many roads, to many trains to ride" buddy guy, autre blues man).
Suivre quel chemin? ("Non les bourgeois n'aiment pas que l'on suivre une autre route qu'eux..." Georges Brassens, blues man itou)
Une route est prise mais d'autres étaient possibles. J'ai choisi l'exil, mais j'aurais pu rester.
Rester avec ma communauté. Mon pays. Je suis parti.
En tête, toujours, restera cette idée.
Que j'aurais pu rester.

Rester simple.
Poussant à l'endroit où l'on m'avait planté.

L'homme n'est pas un arbre.

J'en reviens à Poe, la petite image là-haut, celle avec le corbeau. Un très beau poéme d'Edgar.
Le type écrit dans sa chambre aux volets fermés, il entend quelqu'un frapper aux carreaux, se dit c'est le vent, rien de plus, on frappe une deuxième fois, il ouvre et un corbeau immense entre dans sa chambre en criant "Nevermore" ("Jamais plus!").
C'est un poéme qui m'accompagne depuis un certain temps, rencontré un jour et il me suit depuis, j'ai grandi avec... avec ce "Nevermore" des corbeaux croassants mumurant intimement que le passé, jamais plus, ne sera, et que chaque instant passant m'exile de celui qui vient de passer, révolu. N'en gardant qu'une image, un sentiment...

"j'écris pour passer le temps
qui, sans moi, passe aussi bien."

J'ai écrit ça il y a plus de dix ans.
Mais est-ce réellement moi ?
Moi encore?
Moi maintenant ?
Ne suis-je pas un autre?

Dimanche 5 Octobre


Il était tard, j'ai regardé "Persépolis". Touchant.
Des souvenirs sont remontés. 1999. Makou. Tabriz. Téhéran et la fresque vue dans le film : une statue de la liberté à tête de mort. Le musée des martyrs, seul musée ouvert à Téhéran. Et les montagnes dans le fond, enneigées. A un feu rouge, une femme voilée conduisait une Diane, décapotée.

Samedi 4 Octobre

Matinée calme. Personne dans Le Rize. J'avance rapidement. L'isoloir est arrivé. Les structures se montent. Les ateliers libres de l'après-midi clôtureront la journée. Des jeunes des ateliers d'hier sont revenus. Agréable de voir que le courant passe. Un des enfants a amené ses parents. Ils découvrent la médiathèque. Dans l'atelier on parle de la Tunisie, l'Algérie, les plus jeunes dessinent leur maison et à côté, en lettres pleines et déliées, inscrivent les choses qui viendrait à leur manquer s'ils devaient déménager...